Jane Eyre version 1983

Je confirme mon coup de coeur pour cette adaptation de plus de cinq heures de Julian Amyes même si elle ne détrône pas celle de 2006. 2006 est une adaptation intelligente de l’esprit qui ne suit pas à la lettre mais donne une incontestable dimension visuelle, tandis que 1983 est très fidèle à la lettre classique du roman – presque trop ? -, et les 2 versions ont d’excellents acteurs même si je reste un peu sur ma faim avec Zelah Clarke
Par contre si j’avais un conseil pour 1983 : regardez plutôt la version anglaise car la version sous titrée en français est amputée (réduite à 5 épisodes, coupures mal faites, et doublage voix Timothy Dalton « fadasse ») !
Je vais vous donner quelques avis sur les acteurs puis je donnerai mes commentaires sur le film en le parcourant avec des photos comme je l’ai fait pour 2006
Pour la visionner, voici ma petite liste sur youtube qui vous permet de voir tous les épisodes de cette version 1983 sous titrée en francais or, if you prefer, the list on dailymotion qui est en anglais non sous titré mais de bien meilleure qualité et avec moins de coupures

Les acteurs

Timothy Dalton

Timothy Dalton m’a bluffée par une performance envoûtante, impressionnante. Rochester est destiné à être un peu effrayant et Timothy Dalton est effrayant sans qu’on puisse jamais dire s’il va faire du mal à Jane ou lui-même, dans son désespoir. Humour, rage, vulnérabilité, tout est impérieux chez Rochester et Timothy Dalton transmet tout à parfois quelques secondes d’intervalle. Grace à la très vaste palette de sentiments qu’il est capable de faire passer, il est l’un des meilleurs Rochester pour le simple fait qu’il a touché le plus de facettes de Rochester que la plupart des acteurs avant ou après lui. Il trouve l’équilibre parfait entre excentricité rebutante et attractivité mystérieusement accueillante. Le Rochester de cette adaptation est manipulateur, agressif, étrange, passionné et tendre. Presque aucun autre acteur n’englobe mieux tous les contrastes du personnage.
Un point essentiel : Rochester veut faire comprendre qu’il a passé plus de 10 ans de sa vie dans le désespoir, solitaire, vivant avec un secret épouvantable détruisant sa vie et aucun autre acteur n’a su transmette ce trou noir de désespoir comme Timothy Dalton. Même Toby Stephens ne parvient qu’à l’effleurer.
Physiquement, Timothy Dalton est très grand et élancé, contrairement au Rochester du livre qui est trapu, mais c’est compensé par une formidable présence animale, une puissance physique. Comme on dit il « dégage » quand il se déplace. Il a les yeux clairs et Rochester est sensé avoir les yeux très sombres mais il a un regard vert et étonnant de félin qui est extrêmement expressif, allié à des traits très accusés, qu’il réussit à lui donner une intensité… sombre
Ce qui est frappant d’ailleurs c’est qu’il ne parait pas engoncé dans ses vêtement d’époque, il est incroyablement à l’aise dans ses mouvements comme un félin !
Timothy Dalton est en accord avec la description donnée de Rochester, avec ce passage de colérique à froid, son humeur « changeante » non rationnelle, ses excès de colère que l’on ne s’explique pas, un comportement et des paroles difficiles à analyser. Toby Stephens donne cet aspect mais il est plus fort encore chez Timothy Dalton
Il reste cependant ce côté théâtral qui m’a un tout petit peu perturbée mais qui finalement passe très bien

Zelah Clarke

J’ai préféré l’interprétation de Ruth, même si après plusieurs revues de la série je finis par apprécier un peu plus la prestation de Zelah Clarke. Pourtant il me restera toujours l’envie de lui donner parfois un petit coup d’aiguillon pour retrouver un peu plus évidente
Bon :
l’émotion ressentie dans la scène de l’escalier, dans ce moment où on ressent l’alchimie du couple en train de se construire.
• Ou son regard si expressif dans la 2eme conversation quand il la soupçonne de cacher de graves défauts.
Moins bon :
• trop grande impassibilité et c’est assez pénible quand elle entend Rochester la supplier et que pas un trait de son visage ne bouge ; j’aurais apprécié un air un peu plus douloureux par exemple dans la scène de la demande en mariage même si c’est déjà mieux (Avoir visionné avant la version de 2006 modifie probablement ma vision !) ou lors de la séparation
• et qu’elle soit presque larmoyante même à la fin du film alors qu’elle devrait prendre de l’assurance quand elle parait effrayée lorsque Timothy Dalton se met en colère alors que Jane Eyre n’a jamais peur de Rochester. On ne sent pas suffisamment l’évolution de Jane
Et elle souffre de l’ombre que lui fait le charismatique Timothy Dalton
J’aime assez voir comme un 3eme personnage le couple Rochester/Eyre. Dans cette version, ils font une Jane petite et fragile et un Rochester grand et ours d’excellente facture mais il me manque ce lien profond dont Rochester parle pendant la déclaration sous l’arbre – et que j’ai ressenti dans la version 2006.

Les autres acteurs

St John est terrifiant de certitudes et d’intolérance dans ses jugements : un extrémiste religieux dirait-on aujourd’hui ! l’acteur est excellent avec son visage froid, son allure guindée, et des yeux qui traduisent son illumination.
Dans le livre, Jane était aux prises avec l’idée de retourner vers Rochester, et, jusqu’à un certain point elle était envisagé d’épouser St John et de renoncer à tous les rêves de réunification avec Rochester. Mais St. John ne pose pas une menace suffisante ici non plus, même si comme en 2006 ils ont approché – peut etre plus d’ailleurs en 2006 grace à la tension qu’ils subi face à son amour pour Miss Oliver (Comme Jane le dit « il a un coeur, mais il garde enterré sous une volonté farouche. La façon dont le St. John de 2006 montre sa passion trahi un peu de sa vulnérabilité donc de son humanité. C’est pour cela que Jane pourrait craquer).
Les personnages secondaires

  • Helen Burns et Mrs Temple correspondent tout à fait à ce que j’imaginais
  • Mr Brockelhurst excellent, rigide et terrifiant
  • Mme Fairfax était un bon choix – elle semble presque sortir tout droit sortie des pages du roman de Brontë
  • Bertha me laisse perplexe : en la regardant j’ai pensé à une sorcière des anciens contes ; et avec un physique pareil il est difficile croire que Rochester ait pu être séduit. Transformée par sa folie mais pas à ce point, trop caricatural. La version 2006 en fait une femme séductrice et dangereuse, rendue violente par sa maladie (ca ressemble aux effets de la syphillis)
  • J’ai apprécié la Bessie à la fois sévère et aimante comme dans le livre.
  • une Adèle beaucoup plus attachante que celle exaspérante de 2006

Les scènes


1er épisode : l’enfance de Jane chez les Reed

J’ai aimé que la version s’attarde sur l’enfance de Jane, alors que c’est trop traité rapidement dans la version de 2006. J’ai été impressionnée par les séquences mettant en vedette les premières années de Jane à Gateshead qui capturent les misères que Jane souffert aux mains de la famille Reed.

Et la violence de son cousin, qui n’a rien d’un enfant, adulte en miniature plein de préjugés et de mépris

qui ne cesse de la frapper

et qui provoque sa punition comme l’enfermement dans la chambre rouge

qui la rend malade

C’est d’ailleurs sa discussion avec le pharmacien sur son souhait de partir en pension qui délivre sa tante : elle la donne à Brockelhurst pour l’emmener en institution de charité

N’est’il pas terrifiant dès la première image qu’on a de lui !!! Il a le physique de l’emploi.

2eme épisode : l’enfance de Jane à Lowood

Jane est assez bien accueillie à Lowood, mais Brocklehurst débarque et l’humilie devant tout le monde.

Jane rencontre une admirable personne dans la personne de la directrice, Miss Temple, qui vérifie ce qui s’est passé et réintègre Jane en prouvant son innocence. L’actrice rend parfaitement le caractère droit et juste ainsi que la bienveillance

et se fait une amie qui vit une foi pure et dont la disparition la marquera, Helene Burns

L’aspect physique d’Hélène correspond bien ainsi que sa façon de tendre l’autre joue : quand elle est battue, seules des crispations de la bouche rendent sa douleur.
La version 1983 prend peu de libertés avec l’œuvre mais la mort d’Helene dans les bras de Jane est est une puisqu’on ne voit que sa tombe
Jane n’est pas malheureuse à Lowood, surtout quand l’administration de l’école est retirée à Brocklehurst après le scandale du typhus, et c’est d’ailleurs pour cela qu’elle y reste comme professeur. Le caractère de Jane est naturellement mature à dix-huit ans, d’un niveau beaucoup plus élevé de maturité qu’actuellement à cet age mais j’ai un petit bémol dans le fait que la maturité mentale de Jane ne doit pas être confondue avec la maturité physique, et sur ce point Zelah Clarke parait plus que cet age.

Comme dans le roman, elle quitte Lowood peu après le mariage de Miss Temple parce qu’elle ne s’était réellement attachée qu’à elle et à Helen Burns.

3eme épisode : De l’arrivée à Thornfield à la rencontre

Jane quitte Lowood et arrive a Thornfield à la tombée du jour
J’ai apprécié la beauté des paysages et du jardin mais pas le chateau qui n’est pas esthétique du tout !

Mme Fairfax, qui semble sortir tout droit sortie des pages du roman, a un accueil chaleureux

Le lendemain dès son réveil Jane entend le rire étrange. Et j’ai trouvé que ce rire arrive un peu tot dans le film
La petite Adèle est beaucoup plus attachante que celle exaspérante de 2006 même si elle semble à une caricature de la petite française dans l’esprit anglais par le caractère très frivole qu’on semble lui donner

La promenade puis les rêveries de Jane sur les tours de Thornfield rendent bien son désir d’autre chose même si rien ne paraît agité chez elle et qu’il faut sa voix intérieure pour le savoir

Grace Poole apparaît comme très inquiétante aussi bien par son physique massif et disgracieux que par son comportement étrange ou le rire qu’on lui attribue ; l’actrice sert bien le personnage

Cet épisode finit sur une des grandes scènes, celle de la rencontre accompagnée de la chute de cheval de Rochester. On a quelques écarts avec le roman qui la raccourcisse notablement et qui la termine curieusement par un rendez vous pour le thé du lendemain soir. Ca passe plutot bien quand on ne connait pas le roman mais je me demande pourquoi le filmer ainsi.

J’ai préféré le punch et la fidélité de la version 2006
Après sa chute

il lui pose des questions pour savoir qui elle est

avant de se servir d’elle pour rejoindre son cheval et disparaitre

« He can not get up » « of course he can » : la volonté de Rochester le tient debout malgré la douleur

« You are Mister Rochester » « An intelligent deduction » est une confirmation plutôt sarcastique bien rendue par la voix et les yeux de Timothy Dalton

Et on entend la voix impérieuse qui l’appelle pour lui donner rendez vous


4eme épisode : Conversations et confidences

Les scènes et dialogues sont suffisamment longs pour nous donner le temps de les voir se dérouler comme dans la vraie vie. J’ai adoré, encore plus que dans 2006, ces très longues conversations – comme dans le livre : c’est cet aspect qui m’avait le plus séduite et qui m’a amenée à regarder plus attentivement et à nouveau cette version. Elles sont si intenses qu’on ne sent pas la durée et j’ai savouré la voix rocailleuse de l’acteur. Dommage que l’actrice soit parfois presque inaudible
La première conversation porte sur la compréhension et la connaissance que veut avoir Rochester de Jane
Timothy Dalton fait bien passer le coté ombrageux et impatient en coupant la parole à Mme Fairfax

Dès l’escarmouche suivante on sent la volonté de connaitre la jeune fille au plus profond : quand il lui demande son opinion sur les cadeaux c’est la voix impatiente mais aussi avec une sorte d’attente qu’il lui demande ce qu’elle pense, elle, des cadeaux ; et on a droit à un petit sourire amusé de l’actrice quand elle lui répond que son compliment sur Adèle est son cadeau

J’ai aimé la façon de s’exprimer de Zelah Clarke dans sa répartie sur les farfadets ; il l’accuse d’avoir ensorceler son cheval – Oh la tête de Me Faifax sur ce coup la ! –

avant de lui dire que sur le chemin de leur rencontre elle attendait son peuple de farfadets

Timothy Dalton est insupportable – génial – dans la série de piques qui s’enchaînent pour faire sortir Jane de ses gonds : il saisit avec un sourire sardonique son ressentiment contre Brockelhurst, le sourire se fait moqueur sur la déduction mathématique de son age, le ton est ironique sur sa réponse « je joue un peu du piano » et devient brusque et piquant quand il lui ordonne de jouer du piano pour ensuite se moquer de sa façon de jouer « a little better … but not well ».
Il montre son sentiment a la fois curieux et intrigué concernant les dessinsj’ai apprécié de voir un dessin

et semble satisfait d’avoir provoqué une piqure d’amour propre quand il l’accuse d’avoir eu un maître

Une petite remarque sur une mimique amusante d’Adèle qui baisse la tête quand Jane la regardre en découvrant qu’elle a montrer ses dessins à Rochester – du grand art cette petite actrice !
Et la conversation se clot brutalement – l’acteur rend bien par ses gestes brusques et sa voix soudain dure – quand il les renvoie avec même un reproche pour Jane et sans même un salut de politesse
On a donc un premier aperçu de la palette offerte par Timothy Dalton entre un ton bourru, léger ou presque gouailleur, un oeil sombre, coléreux et tout a coup plein de malice, une bouche capable de renvoyer tour à tour un sourire ironique, sardonique ou très franc
Jane affronte ce coté changeant les jours suivants quand il est capable un jour de converser en riant

et le lendemain de la croiser la mine sombre et sans répondre à son salut – noter qu’a ce moment là il sort de l’escalier qui mène à la tour.
La seconde conversation porte sur leurs échanges – égalité, ordre, insolence …- et entame les confidences de Rochester
Elle débute par un essai de déstabilisation lorsqu’il se rend compte qu’elle l’observe et qu’il lui dit « you examine me »

ce qui lui fait baisser les yeux

et qu’il poursuit en lui demandant si elle le trouve beau ; le « no » immédiat provoque son éclat de rire

Un début de confidence suite à la question « are you a philantropist » permet d’entrevoir sur les traits de l’acteur quelque chose de plus sombre

Il passe d’un état presque agressif contre Jane

à une volonté de communication dans laquelle il se rend compte qu’elle est peut-être contrariée par sa façon de questionner et s’excuse

pour aussi exprimer leur égalité – la force de la voix de Timothy Dalton pour exprimer sa conviction – et suggérer son autorité par son age et son expérience du monde
Il passe de la presque prière à la colère pour obtenir une réponse claire et non convenue. Le calme de l’actrice dans la réponse traduit le fait que Jane ne le craint pas.
Abandonnant la supériorité, il suggère qu’elle ne se froisse pas du ton de commandement. Et là on a une réelle réaction visuelle de l’actrice – trop rare – par le sourire

expliqué par le fait qu’il la paie. Ce qui l’amuse

Différencier la non formalité qui est acceptable de l’insolence qui ne l’est pas même quand on est payé : ce credo de Jane déclenche un rire sardonique même s’il salue sa réponse. Et immédiatement il redevient très sombre en supposant que cela cache des défauts bien plus grands, et cette fois – la seconde dans cette scène – c’est son visage à elle avec un haussement de sourcil qui devient très expressif

à laquelle répond immédiatement le changement de physionomie de Timothy Dalton, correspondant à une presque excuse

A ce moment là, on a la complicité de ceux qui se comprennent sans parler
Quand il s’exprime ensuite sur sa vie, sur le remords, sur la rédemption, … tout participe de son jeu – le ton, les yeux, le visage, la respiration – pour faire en quelques secondes de conversation quasi monologue passer toute la palette des sentiments – tristesse, moquerie, regret, interrogation, impatience, passion – comme lorsqu’il met en doute l’utilité de sa rédemption « What’s use ! »

La troisième conversation, en extérieur, porte sur l’origine d’Adèle
Enigmatique quand il parle de Thornfield,

il scrute Jane

en racontant l’histoire d’Adele, fille illégitime d’une danseuse d’opéra qui a été sa maîtresse. Il provoque Jane pour savoir si sachant cela elle va cherchercher un autre poste. Mais la réponse sur la non responsabilité d’Adèle et le fait qu’elle s’y attachera plus encore le rend plus attentif

Son expression est presque souriante

et il la remercie
Cette scène est plutôt claire et bien jouée même si une fois de plus je regrette une trop grande impassibilité de Jane. Mais je préfère la version de 2006 car la scène 2006 est plus proche du livre à la fois dans sa situation en extérieur réel et dans sa présentation en flashback. Cependant même impassible visuellement, la réaction de Jane n’a pas été oubliée en 1983
L’épisode se termine sur Jane sauvant Rochester du feu


5eme épisode : le feu, les invités et Mason

La scène du feu est dans le 5eme épisode, tout au moins pour sa suite plus importante que le feu lui même

Il ne la détrompe pas au sujet de Grace Poole mais cette fois il lui demande d’entrer dans son mensonge en taisant ce qui s’est passé. Alors qu’il était maître du jeu dans l’action, il apparaît nettement moins sur de lui
Et soudain comme une prise de conscience en rattrapant Jane à qui il vient de dire de rejoindre sa chambre.

Il avoue un sentiment pour elle : « Je savais qu’un jour ou l’autre vous me feriez du bien ; je l’ai vu dans vos yeux la première fois que je vous ai regardée. Ce n’est pas sans cause que leur expression et leur sourire… » « me firent du bien jusqu’au plus profond de mon coeur » : on peut entendre Timothy Dalton trébucher sur ses paroles et haleter quand Rochester tente de retenir ses sentiments pour Jane

On sent dans le son de la voix – car Timothy Dalton est de dos – l’émotion et une lutte livrée à lui même : il dit « Go » mais il ne lâche pas la main de Jane

Par contre le visage de l’actrice n’est pas dans le ton !!! De le surprise oui mais cet air presque larmoyant !

Voila pourquoi je préfère la version de 2006, du moins la chimie que l’on trouve au niveau du couple
L’actrice qui joue Grace Poole dans la conversation qui suit a bien du mérite et comprend pourquoi elle dégoûte Jane, cela Zelah Clarke a su le restituer

Mais là ou je ne suis plus c’est qu’ensuite Jane court et stoppe Rochester lui demandant pourquoi Grace Poole (à qui il reprochait le feu dans sa chambre) n’est pas en détention, et Rochester de lui répondre agressivement de se mêler de ses affaires

puis s’enfuir à cheval sous les yeux éberlués de Jane.

C’est un ajout inutile que cette rebuffade car si Jane se pose des questions, elle ne les aurai surement pas exprimées
Une partie a été tronquée qui est remarquablement restituée en 2006 : elle dessine 2 portraits, d’elle et de lady ingramm, pour s’ôter ses illusions
Par contre, pendant que Mme Faifax lit la lettre de Rochester qui annonce son retour, Zelah Clarke rend bien l’excitation (visage, agitation et respiration)

puis la contrariété due à la présence de Miss Ingramm (lèvres pincées, yeux baissés)

Autre ajout inutile Blanche arrivant à Thornfield à cheval et snobant les salutations de Mme Fairfax
La présence de Jane dans le salon alors qu’elle a accompagné Adèle selon le voeu de Rochester, ainsi que les personnages et les conversations sont plus fidèles et de meilleure qualité dans la version 2006 – dommage de ne pas entendre dans aucune version chanter Rochester !. Mais les critiques lancées à l’encontre des gouvernantes la blesse ici aussi et elle préfère s’éclipser. Elle est rattrapée dans l’escalier par Rochester. La scène de l’escalier n’est pas en soit très spectaculaire, par contre elle est jouée avec une extrême sensibilité de la part de 2 acteurs et elle vaut celle de 2006
Il me regarda un instant.
« Et un peu triste, ajouta-t-il ; qu’avez-vous ? dites-le-moi, je vous en prie.
– Rien, rien, monsieur ; je ne suis pas triste.


– Je suis bien sûr du contraire ; vous êtes si triste que le moindre mot amènerait des larmes dans vos yeux ;
Ici l’ajout d’un geste très doux par lequel il lui relève le menton – bien pensé

tenez, en voilà une qui brille et se balance sur vos cils.

Si j’avais le temps et si je ne craignais pas de voir apparaître quelque servante curieuse, je saurais ce que signifie tout cela

Pendant les jeux Jane se rend compte qu’elle aime et souffre de voir que Rochester n’aime pas Blanche : en général je n’aime pas les voix off mais dans ce cas ca rend plutot bien
Alors que Rochester s’est absenté, arrive Mason

La scène de la bohémienne est une réussite.
Déjà par l’effet produit sur les invitées dont les actrices révèlent bien les sentiments : peur pour l’une

et vexation pour l’autre

J’avais beaucoup aimé l’idée de 2006 mais celle de 1983 est très efficace : Timothy Dalton n’est pas maquillé, ce qui l’aurait rendu ridicule, mais caché par une couverture et la pénombre !

Et ca valait la peine pour entendre le rire de Timothy Dalton

et voir réagir Jane – la colère très justement exprimée par l’actrice
Puis c’est la bascule quand Jane annonce l’arrivée de Mason ce qui choque Rochester – la main qui remonte en disant « j’ai reçu un coup » ne me plait pas trop théâtrale pas assez dans l’agitation …

Dommage que la scène soit raccourcie quand Rochester désespéré essaie de s’assurer de la fidélité de Jane : mieux rendue par la version 2006

Un grand cri, de l’agitation et Jane suivant Rochester dans un escalier sombre termine l’épisode

6eme épisode :

Mason a une profonde blessure et Jane le soigne pendant que Rochester va chercher un médecin.

A son retour il s’organise pour que le blessé parte en s’appuyant de façon très confiante sur Jane

La scène assez intime dans le jardin après le départ de Mason avec le docteur, où Rochester avoue justement à Jane que Thornfield est une véritable prison pour lui,

se finit dans le salon – cet écart n’enlève rien mais il est juste un peu curieux
Après avoir eu confirmation qu’elle l’aidera « en tout ce qui est bien »

Il lui raconte une histoire, la sienne : « Vous êtes un jeune homme gâté depuis son enfance … que vous êtes dans un pays éloigné, et que là vous tombez dans une erreur, peu importe laquelle … mais une erreur dont les conséquences doivent peser sur vous pendant toute votre vie … avec le temps les conséquences vous deviennent insupportables. … tout espoir vous a abandonné, vous cherchez le repos dans l’exil, le bonheur dans le plaisir sensuel et sans amour. Après des années d’errance vous rentrez chez vous le cœur las et l’âme flétrie ; et la vous rencontrez quelqu’un, peu importe qui ou comment – vous trouvez la bonté que vous avez cherchée pendant vingt ans, une telle compagnie vous fait revivre vous revigore vous aspirez à commencer une vie nouvelle plus digne d’un être immortel. Pour atteindre ce but, avez-vous le droit de sauter par-dessus un obstacle imposé par la coutume, empêchement conventionnel ? »

« Cette personne a-t-elle le droit de braver l’opinion publique pour s’attacher cet être doux et gracieux »
Il la scrute avec intensité

attendant sa réaction et répétant sa question « J’ai trouvé cet être Jane » mais elle ne comprend pas

Comme son rire sardonique est à la mesure de son désespoir !

puis il reprend ce jeu cruel de lui faire croire que l’être évoqué est Blanche même si les derniers mots qui s’arrachent de sa bouche sont « une vraie gaillarde »

la faisant souffrir – sa façon de se replier donne une réalité à sa souffrance

La scène de l’au-revoir « Farewell » est un moment un peu plus léger du film. Elle demande à Rochester une autorisation de s’absenter pour se rendre près de sa tante mourante
On ressent l’inquiétude dans la voix quand Rochester veut s’assurer qu’elle reviendra

Puis il y cet échange plein de petites répliques au sujet de l’argent qui fait d’eux un couple complice qui s’amuse

Et Zelah Clarke rend corporellement les échanges pétillants



en contre partie du visage rieur de Timothy Dalton
Puis il lui demande de lui apprendre à dire au revoir,

ce qu’elle fait et qu’il répète studieusement

mais quand Jane lui confirme « Au-revoir c’est suffisant« , c’est en colère – la voix et le corps participent tout entier à cet emportement – qu’il la quitte sur ces mots « it is blanck and cold … farewell »


7eme épisode : Le retour, la demande en mariage

A son retour à Thornfield après plusieurs semaines chez sa tante, quand elle croise Rochester près du chateau, le « Comme on … If you please » traduit en 3 mots 2 expressions les volte faces rapides de Rochester : bourru et impérieux puis capable d’effort (pour être poli)

Un échange léger sur le filtre qu’il lui demande pour le rendre beau

mais qu’elle dit être hors de ses possibilités de magicienne : un sourcil qui se lève et un petit sourire en coin avivent le jeu de Zelah Clarke

Et c’est d’un air grave qu’elle lui dit que jamais elle ne s’est autant sentie autant chez elle qu’en ce lieu, ce lieu ou il est : « en quelque lieu que vous soyez la est ma maison« , déclaration d’amour très pudique. Qui le laisse à la fois songeur mais aussi très troublé

Dommage que la scène de la demande en mariage soit coupée en 2, partie à l’intérieur de la maison et partie à l’extérieur, ce qui n’apporte rien à cause de l’importance de ce jardin qui est à ce moment là du livre une sorte d’Eden, le seul endroit de Thornfield où Rochester ne se sent pas menacé, un jardin dépeint comme en dehors du monde par Charlotte Brontë. Cependant cette scène est passée à la postérité non sans raison et c’est une de celles qui aident à juger de la réussite de l’interprétation. Et la partie jardin est excellente, très différente de celle de 2006 mais aussi forte.
Elle démarre sur un ton assez théâtral dans le « exactly … pecisely » de Timothy Dalton mais c’est ce qui lui donne sa force
Le jeu du chat et et de la souris recommence mais cette fois Jane est plus loin dans la connaissance de ses propres sentiments et Zelah Clarke sait rendre formidablement la montée du bouleversement jusqu’à la terreur à l’évocation de l’Irelande





On voit l’expression d’espoir dans les yeux de Rochester car elle s’enfuit et j’ai été impressionnée par le jeu de Timothy Dalton car son visage à lui est « lumineux »

Dans la 2eme période de la demande en mariage, l’atmosphère claire obscure est paisible, comme un apaisement au coeur de l’orage.
Il continue la torture avec le rossignol qui chante dans le bois mais on voit la tension sur le visage de l’acteur

Les larmes silencieuses expriment la douleur de Jane tout autant dans cette façon d’interpréter de Zelah Clarke, un désespoir mais sans cri, que dans celle de 2006

je voudrai n’etre jamais venue au monde

je voudrai n’etre jamais venue a Thornfield

La « passion » monte et j’aime à retranscrire les mots qui vont animer le visage et la voix de l’actrice : « j’aime Thornfield… j’y ai vécu une vie intense et délicieuse, je n’y ai pas été foulée aux pieds … j’ai parlé en face avec ce que je révère, avec ce qui fait mes délices … je vous ai connu, monsieur Rochester ; et je suis frappée de terreur et d’angoisse en pensant qu’il faut m’éloigner de vous pour toujours ; je vois la nécessité du départ, et c’est comme si je me voyais forcée de mourir… Parce que je suis pauvre, sans agrément et petite, croyez vous que je n’ai ni âme ni coeur ? J’ai autant d’ame que vous et largement autant de coeur ! Et si Dieu m’avait favorisée de quelque beauté et d’une grande fortune, je vous aurais rendu cette séparation aussi rude qu’elle l’est pour moi ! »

Puis une interruption – on sent la douleur écrasante dans les mouvements désordonnées de Zelah Clarke – et l’égalité est évoquée dans la lumière

Puis le courant des sentiments part vers l’explosion mais cette fois si plus flagrante chez Zelah Clarke – « Je ne suis pas un oiseau, et aucun filet ne m’enveloppe ; je suis libre ; j’ai une volonté indépendante, et je m’en sers pour vous quitter. »

Incroyable cette émotion que l’on ressent sans la voir rien que par la voix de l’acteur, puis sur le visage de Timothy Dalton quand elle l’accuse de mensonge et qu’il s’emporte pour la convaincre : voix hachée, yeux brillants, léger tremblement de la tête et jusqu’à la coloration du visage – réellement extraordinaire – comme dans le texte « Sa figure était gonflée et agitée ; ses traits étaient contractés et ses yeux animés d’un brillant regard. »

« Vous ne pourrez pas lire sur mon visage plus que sur une page souillée et déchirée ; lisez ; mais dépêchez-vous, car je souffre. »

Et enfin le bonheur du OUI

Le baiser est à damner et je n’ai pu résister au plaisir de l’image


J’ai apprécié de retrouver – comme en 2006 – son adresse a Dieu et son défi aux hommes. Dommage que manquent la pluie et le tonnerre.
Et voici la scène de la demande en mariage :

Le lendemain, l’impatience de Rochester à grands pas et la joie totale de Jane dans un bond

et une étreinte joyeuse : la chimie se fait ! (eh oui et je pense ainsi surement parce que ce comportement est plus proche de 2012 que de l’époque de Jane et Rochester !)

L’inquiétude qui renaît quand elle veut poser une question

avant qu’il en sache le contenu

J’ai regretté que certaines scènes importantes du livre soient expédiées, les instants ou Jane repousse Rochester pour être sure d’elle et de lui, cette période entre la déclaration et le mariage : on passe de la demande en mariage à la visite nocturne de Bertha avec le voile déchiré – un des excellents points de l’adaptation de 2006 avec la sortie à Millcote et le flirt dans la voiture et les cauchemars prémonitoires de Jane – cette période est escamotée dans la plupart des adaptations
La veille du mariage, l’intrusion, le voile déchiré et la bougie dévoilant un visage bouffi sont proprement angoissants – bien filmés
L’explication de Rochester : Vous avez encore rêvé

contrecarré par l’inquiétude de Jane lui présentant le voile déchiré

sont bien réels mais par contre la colère de Rochester quand il parle de son imagination est quelque peu surfaite – non par la faute de l’acteur mais on se demande pourquoi le scénariste introduit ce sentiment. Mais quel charme dans la tendresse et le rire qui suivent, et quelle intensité dans l’expression d’angoisse finale

Autre anthologie du film, la scène du non-mariage qui est une fois encore portée par Timothy Dalton. Et l’extraordinaire progression dans la force des sentiments
Quand l’avoué interrompt une première fois, la réponse est uniquement « Shall we proceed ? « , il ne se retourne pas contrairement à Jane :

et quand il se retourne enfin, que de sentiments exprimes sur le seul visage, colère contenue et désespoir le font trembler


8eme épisode : le non mariage, Bertha, la séparation

Voici la vidéo de ce non-mariage :
Quand Mason entre en scène

on se demande si Rochester ne va pas lui exploser

Enfin il arrête tout et les entraîne pour leur présenter sa femme. Quelle horrible Bertha – où l’actrice a t elle été cherché cette expression

et combien Jane est l’antithèse – la lumière du film accentue cet aspect d’être de lumière alors que les autres personnages restent dans une quasi obscurité

La séparation est une remarquable scène. Quand il attend Jane derrière la porte après l’échec du mariage et qu’il la retient quand elle tombe : il parvient en quelques secondes à faire passer l’amour, la passion, la tristesse que ressent Rochester à ce moment-là

et que l’on peut à peine sonder la profondeur du désespoir et de l’anéantissement de Jane

et la douleur qu’ils partagent

L’autre partie, qui se déroule au rez de chaussée, est une terrible et déchirante scène d’aveux de Rochester, où la colère succède à la tendresse, l’espoir le plus fou au chagrin le plus intense. Timothy Dalton rend très bien ce mélange inquiétant entre possessivité, désespoir et colère, trio dangereux qui semble pouvoir faire basculer l’histoire dans une folie destructrice à tout moment. Il est bouleversant, elle silencieuse et pleine de gravité est terrible dans son attitude.
Il la réconforte

mais aussitôt remise Jane détourne son visage

et il comprend qu’elle voit désormais en lui « le mari de Berthe Mason ; vous trouvez que mes bras ne sont plus vides et que je ne dispose plus de mes baisers. »

Il va jusqu’a la colere « Jane, entendrez vous raison » et même la violence à peine retenue
Alternant avec la douceur « Une retraite sûre. Nous irons demain »

et une tristesse si profonde qu’il pousse Jane à avouer son amour toujours vivant « mais je vous aime – plus que jamais »

Cette fois l’oiseau prisonnier qui se débat, c’est lui mais comme un faucon prêt à se couper une patte ou à on ne sait quelle extrémité : il la poursuit et la ramène

il explique en détail son histoire – la voix rauque et haletante -, déambulant puis s’asseyant près d’elle

Mais quand à sa question « Jane, avez-vous l’intention de me laisser prendre une route et de choisir l’autre « , elle répond « oui »

on a l’impression que son coeur explose de douleur

Puis a nouveau cette balance brusque entre le flot du chagrin « considérez ce que sera ma vie quand vous serez partie »

et la colère « est il préférable de pousser un de ses semblables au désespoir que de transgresser une simple loi humaine quand cela ne nuit à personne ? »

Ce geste transcendant des mains tendues pleines d’espoir et de désespoir vers un bonheur qui lui échappe « Venez à moi »

et même si la main est parfois un peu trop théâtrale pour retenir sa tête

la justesse de la passion et du désespoir sauvage ne sont pas loin de défigurer le beau Timothy Dalton ! Jusqu’au terrible hurlement final
Mais voici de quoi vous plongez dans la scène :
1ere partie

2eme partie

Après sa fuite, vient une séquence que j’ai appréciée dans laquelle Jane devient un vagabond comme le lui dit la boulangère à qui elle veut échanger un pain même rassis contre un mouchoir ou des gants


9eme épisode : l’errance puis l’accueil des Rivers

Avant de rencontrer la famille Rivers, elle ira jusqu’à manger de la nourriture à cochon

Cela transmet la souffrance endurée après avoir quitté Thornfield – ce que la plupart des adaptations semblent passer sous silence.
Elle est recueillie par St John et ses soeurs

qui acceptent qu’elle taise son nom et son passé. St John lui trouve une place d’institutrice.
Une scène incompréhensible par rapport au livre a lieu quand Rochester engage Briggs pour retrouver Jane : Ca n’apporte pas grand chose.

10eme épisode : les cousins, la demande de St John

L’absence de Miss Oliver, ou plus exactement l’unique rencontre entre elle et St John, ne peuvent pas expliquer les sentiments qu’elle a pour lui et leur « pseudo-relation » (elle le recherchant toujours, lui l’évitant et se refusant à éprouver des sentiments amoureux) et ne permettent pas non plus de comprendre la vision de la compagne idéale qu’à St John – et qui lui fait choisir Jane –
L’acteur qui joue st john est excellent car il vibre quand il reconnait le visage peint par Jane, aussi bien d’amour refoulé que de passion pour son avenir de missionnaire
Certaines scènes moins essentielles manquent, sans doute pour des raisons de temps, ou les détails ou emplacements de certaines scènes sont modifiés. Mais ces changements n’affectent pas l’histoire. Par contre un changement m’a fait faire une grimace. Lorsque St John est prêt à dire à Jane qu’il a appris sa véritable identité, Bronte lui fait réciter une longue série d’évènements sans révéler qu’il sait qu’elle est au centre d’entre eux ; donc elle augmente la tension dramatique – ce qui est respecté dans la version 2006. Ici dans la version 1983, ils ont à peine assis que Jane laisse échapper: «Vous savez mon nom. »

Une des rares occasions ou on voit rire l’actrice, celle ou Jane se découvre une famille


C’est de l’effroi qui se lit dans les yeux de Jane

quand St John essaie de la convaincre qu’elle est faite pour l’aider dans sa tache de missionnaire

Et l’expression et la voix de l’actrice retraduisent bien le sentiment du livre « je me suis insurgée avec toute la véhémence d’un volcan » quand elle « crache » son mépris d’un mariage sans amour y compris de celui qui lui propose !
Nouvelle scène avec Briggs

peu évidente mais pourquoi pas puisqu’elle permet, en même temps que nous échappons aux voix off, à Jane de conaître les recherches de Rochester et sa disparition, et elle refuse de le rencontrer

tout en souffrant encore de cette séparation

Il y a un monde d’incompréhension entre les conceptions de John Rivers et de Jane sur le mariage et le visage de l’acteur, en donnant son pardon à Jane pour sa véhémence, est aussi dur que son intransigeance.

et l’acteur correspond comme un reflet à un paragraphe du livre lorsque Jane veut se réconcilier par une poignée de main : « Quelle pression légère et froide il fit sentir à mes doigts ! Ce qui était arrivé dans la journée lui avait profondément déplu. La cordialité ne pouvait pas l’échauffer, ni les larmes l’émouvoir. Ainsi, avec lui, il n’y aurait jamais d’heureuse réconciliation, de joyeux sourires, de généreuses paroles ; cependant le chrétien était patient et doux. »
Et l’autre face terrible de cet homme est sa capacité de persuasion – l’acteur est beau quand il lit les paroles de la bible à Jane et combien sa voix est émouvante – telle qu’elle envisage d’épouser dans un instant de faiblesse St John et de renoncer à tous les rêves de réunification avec Rochester. La douceur de ses gestes est même équivoque car on ne sait plus bien si c’est l’homme de Dieu ou l’homme tout court !

L’appel « télépathique » de Rochester, ou comme le dit Jane la nature en éveil, a fait son oeuvre et St John a perdu.

11eme épisode : Retour à Thornfield et retrouvailles

Il est possible de penser que l’actrice est meilleure dans les sentiments de tristesse que de bonheur car lorsque Jane, de retour à Thornfield, découvre le chateau, son visage et ses yeux

nous font deviner le drame : Thornfield est en ruines (ou là là ce décor de carton pâte je ne m’y fais pas ! : le même qu’à l’arrivée de Jane et tout aussi faux et laid)

et sa douleur est encore plus grande – et mieux traduite encore – quand elle croit, l’espace d’un instant en écoutant le récit de l’aubergiste, que Edouard Rochester est mort

Dans mon esprit, les retrouvailles 1983 et 2006 sont tous les deux incroyables et je ne peux pas choisir entre les deux.
Rochester parle impérieusement dans un premier temps – j’aime l’interrogation qui progresse sur le visage et dans la posture



et commence à lentement se décomposer quand il se rend compte que Jane est vraiment là.

Ce moment où Timothy Dalton enveloppe Zelah Clarke dans ses bras – un enlacement possessif dans la peur de la voir s’échapper.


Ces murmures de soulagement si doux « Jane Eyre Jane Eyre« . Et quand il dit: «Une femme libre ? » en l’appelant Janet – c’est une nouveauté par rapport au livre mais qui donne un poids indéniable à la suite – avec cet immense espoir jaillissant de sa poitrine quand elle lui raconte comment elle est indépendante.

Zelah Clarke éclate sa coquille et émet effectivement une véritable émotion qui crée une étincelle de la chimie entre elle et Timothy Dalton. Mais comme il retombe dans les doutes quand elle lui raconte son indépendance financière, et la colère noire en refusant ce qu’il pense être de la pitié

Je n’ai pas aimé le manque d’assurance pleurnichard de Zelah Clarke qui tombe à coté de ce qu’on pouvait attendre de l’évolution de Jane. Par contre les larmes dans les yeux éteints de Timothy Dalton sont sublimes !

Ca aussi c’est un écart par rapport au livre mais qui donne peut être un plus de sens au fait que Rochester n’a pas changé de caractère
Puis c’est encore du grand Thimothy – la voix rocailleuse proche des larmes, le geste hésitant – qui refuse de « renoncer à ces joies » de la toucher, de la sentir …

Il y a enfin de l’expression dans le sourire mystérieux de Jane/Zelah Clarke répondant à l’évocation de « sentiments paternels »

ou plus tard ce coté malin très expressif

qui ressort quand elle le laisse sur sa jalousie, là où ressurgit l’impulsif Rochester

Voila la vidéo de ces retrouvailles

Puis le lendemain, promenade et discussion conduisent vers une nouvelle demande en mariage
On voit la jalousie sur les traits de Thimoty par des rictus de contrariété et le coté attentif et quelque peu souriant de Zelah Clarke-

J’ai aimé le nom du rival comme craché de colère les dents serrées : « Rivers … Saint-John Rivers »

Quelques écarts par rapport au livre mais sans réel impact sauf peut être quand Rochester annonce « Je ne veux pas une nurse ou une amie. Je veux une femme. – Vraiment, monsieur ? – Oui … Est-ce une surprise pour vous ? – No  » : ce Non, voila l’écart mais il est beaucoup plus réel au vu ce qui s’est passé jadis
On retrouve de façon frappante même si différemment de 2006 un Rochester frappé par un accident (somme toute logique : quand on est dans un bâtiment en feu, il est rare d’en sortir sans dommage !) mais entier dans son caractère passionné et sa virilité.

Dommage que la fin soit un peu trop soft pour montrer cela.

CONCLUSION

Oui, 1983 est l’adaptation la plus proche possible de l’ouvrage. Mais il y a plus dans Jane Eyre que les lignes d’un dialogue élégant et plein d’esprit. Il y a une passion qui existe entre les lignes, une chimie, qui ne peuvent pas être créées par la répétition simple de dialogue à l’identique du livre. Zelah Clarke et Timothy Dalton parviennent moins bien que Ruth Wilson et Toby Stephens à créer cette chimie. Timothy Dalton porte le poids de cette adaptation sur ses épaules – lui-même jugeait que ce rôle était la meilleure performance de sa carrière – et sa performance combinée à la fidélité étonnante de l’adaptation au roman, sont suffisants pour rendre cette version très vibrante. Il y manque un je ne sais quoi trop rarement aperçu chez Zelah Clarke. Ne vous y trompez pas, je l’ai vraiment adorée ! A la fin mon opinion est assez complexe et indécise, et je penserai encore longtemps qu’il me faut les 2 versions 2006 et 1983 pour avoir un Jane Eyre complet !

Une réflexion sur “ Jane Eyre version 1983 ”

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