Une passionnée de Jane Eyre : Dora

J’ai croisé «une passionnée inconditionnelle de Jane Eyre», c’est elle qui le dit et elle le prouve😉
Mais pour lui répondre :

  • Je ne sais pas s’il existe un club pour les passionnés de Jane Eyre, mais il y a des forums ou on retrouve d’autres passionnées sur « Whoopsy Daisy Forum« 
  • « La finesse, la générosité et la beauté des commentaires rend chaque photo encore plus belle et parlante. Merci. Êtes-vous écrivain, Madame ?« : Ou la la quel plaisir mais non Dora je ne suis pas écrivain

« Je n’ai rien à ajouter sur cette série Jane Eyre 2006 » mais quand elle parle «des moments qui l’ont touché profondément» c’est OAUH ==> allez les lire ici
Et j’ose reprendre parmi les si belles lignes qu’elle m’a écrites :

Que puisse-je dire pour le final ?

Jane retourne à Rochester, elle n’a cessé de l’aimer épurement, elle n’a pas oublié sa folle passion pour lui et le fait de le retrouver aveugle n’a rien changé pour elle. Est-ce que c’est parce qu’une personne a eu un accident qu’on cesse de l’aimer ? Non, pas Jane. Comme il est dit dans le livre « Je vous aime plus aujourd’hui, alors que je puis vous être réellement utile, que je ne vous aimais en votre état d’orgueilleuse indépendance, alors que vous méprisiez tout autre rôle que ceux de donateur et de protecteur ».
Rochester, cet ‘aigle en cage’ n’a rien perdu de son charme, de son magnétisme. On voit la valeur symbolique de la cécité, infirmité qui lui permet de voir plus clair en lui-même,
– chouette quelqu’un qui y voit une autre valeur qu’une punition de Dieu – miracle de l’amour, en retrouvant la vue peu à peu, il se transfigure. Comme tous les esprits hors du commun, il s’isole loin au fond d’un bois, Ferndean, un certain temps, mais personne ne l’empêche de sortir de là, et avec Jane, de vivre dans un endroit plus sain, lumineux, plein d’optimisme, comme Susanne White l’a fait entendre par la scène finale.
Comme moi, elle trouve la fin ambigue mais avec l’intention d’en apprendre « peut-être plus sur les motivations de Charlotte Brontë, en lisant sa biographie d’Elizabeth Gaskell qui l’a connu de son vivant. »

J’ai retrouvé Jane

Encore une fois je me suis plongée dans le livre, ce roman intemporel et universel. J’ai retrouvé Jane, cette « âme parlant à l’âme ». Et comme disait Annie Ernaux « Relisant l’an passé Jane Eyre que je n’avais pas lu depuis l’âge de douze ans et dans une édition abrégée, j’ai eu l’impression troublante de me relire, de moins relire une histoire que de retrouver quelque chose qui a été déposé en moi par cette voix du livre, par le ‘je’ de la narratrice. J’ai pensé le monde au travers du texte entier de Jane Eyre. »
J’aime Jane, je reviens toujours à Jane, cet être solitaire qui affronte son destin. Jane s’affirme comme une identité féminine, comme une conscience individuelle qui prend seule ses décisions, non imposées par la providence. Jane est une rebelle, une révoltée face à l’ordre social et la domination masculine. J’admire Jane pour sa nature indépendante et sa force de caractère. Elle s’affirme en femme indépendante et libre face à Rochester « Je ne suis pas un oiseau et nul filet ne me retient prisonnière ; je suis un être humain libre, doué d’une volonté indépendante, dont j’use à présent pour vous quitter ».
Jane est une femme passionnée et son déchirement est total entre le désir, la passion qu’elle éprouve pour Rochester et son exigence morale, sa dignité. Son refus de vivre en tant que maîtresse de Rochester, malgré la passion qu’il lui inspire, et de vivre en inférieure, dans une situation inégale. C’est aussi le respect qu’elle a pour soi-même. « Moi, je me soucie de moi-même. Plus je suis solitaire, plus je suis dépourvu d’amis et de défenseurs, plus je me dois de respect. »
Jane ne dégage pas seulement ce sentiment d’égalité spirituelle qui la lie à Rochester. Je trouve que dans le livre on ressent le caractère sensuel de leur relation. Ce sont des êtres si tactiles et cela est bien mis en évidence par Susanne White dans la série.
Jane désire la liberté et le bonheur, qu’elle l’atteint à la fin en épousant Rochester.

Alors, Rochester 

Ce flamboyant Rochester, fatal, maudit, irrésistible et pleine de générosité. Il dégage une chaleur de feu, une sensualité, une «énergie virile», il fascine Jane et nous, les lecteurs, nous sommes fascinés. Il est un être hors norme qui a sa propre morale, il a couru tout sa vie après cet absolu féminin qu’il a trouvé en Jane. Charlotte Brontë a créé l’un des séducteurs les plus puissants de la littérature.
La synthèse de ce personnage est bien faite par Dominique Barbéris : «Rochester tient du mythe. On trouve chez lui, en concentré, tous les traits du héros romantique : l’orgueil aristocratique du châtelain, la marginalité, la quête donjuanesque d’un idéal, la nostalgie de la pureté perdu, la force du titan. Mais il n’est pas seulement la projection d’un fantasme. Il est plausible ; il a une étonnante présence charnelle.
Il serait même, selon Swinburne, « l’une des seules figures viriles (…) jamais sculptée et colorée par une main de femme ». Il s’incarne dans une rondeur de la maturité, une voix de basse, un corps épais, dans l’odeur du cigare qui est l’un de ses attributs. L’imperfection qui l’humanise tempère la rigidité de l’idéal. Dans la faute, il a une extrême variété de registre : dominateur, sarcastique, souvent drôle, orgueilleux et violent, avec des appétits de pacha.
C’est un homme du verbe, comme il est homme du chant. Dans ce domaine aussi, il a une grande mobilité, et une grande variété de registres : provocant (‘’me trouvez-vous beau ?’’), cynique (’’viendrez-vous veiller avec moi le jour de mes noces ?’’), fantaisiste (‘’Je vais emmener Mademoiselle sur la lune’’).
Charlotte Brontë lui prête un somptueux lyrisme, quand il paraphrase Keats ou Milton, quand, à la fin du roman, il fait de sa cécité la métaphore du manque amoureux. Parfois aussi, il parle comme le Christ, par paraboles.
Le personnage frappe par sa vitalité : autour de lui s’enroule avec une obsessionnelle et admirable cohérence le motif du feu : le volcanisme du tempérament, le séjour à la Jamaïque, l’incandescence passionnelle, les flammes du châtiment. Rochester est un merveilleux scénariste : scénariste de la passion, il manipule Jane, s’éloigne, revient, attise sa jalousie, dissimule ses propres sentiments, dose avec un art consommé la cruauté et la tendresse.
Et, scénariste de lui-même, il ne cesse de se métamorphoser, apparaît sous des déguisements de sultan, de gitane, revendique le statut de père, de frère, avant de prétendre à celui d’époux ; il est saisi à travers de multiples images : animal, il est aigle ou fauve ; homme, il tend vers le demi-dieu – Vulcain, Samson. En réalité, il superpose toutes les images, il épuise toutes les figures ; il les concentre, comme un soleil noir. En un mot, il est l’oxymore vivant, l’homme des contraires réunifiés, cette fiction du désir des femmes, justement épinglée par Flaubert dans ‘Madame Bovary’, quand il ricane de ces ‘messieurs braves comme des lions (…) et qui pleurent comme des urnes’.
Pourquoi bouder notre plaisir ? Le personnage est capable de satisfaire l’étendue de notre rêve bovarysant : infigurable mais plausible : à la fois puissant et déchu, loup et berger, aristocrate et hors-la-loi, sadique et tendre, père et amant. Pour preuve, il est difficile à représenter à l’écran.
(…) A la fin du roman, on le retrouve dépossédé, mutilé. Mais sa dernière apparition, comme une ombre ruinée et têtue, au crépuscule, dans les bois de Ferndean est aussi saisissante que la première. Et il garde jusqu’au bout son magnétisme et sa densité proprement humaine.
La plus grande réussite de Charlotte Brontë est probablement d’avoir tiré d’elle-même, de cette soif qui ‘apprend l’eau’, selon le mot d’Emily Dickinson, cette inoubliable figure de cavalier sombre, de maître hautain – ce parfait Adam. Autant l’avouer : c’est pour lui que nous retournons à Jane Eyre. D’avoir rencontré Rochester, comme beaucoup de lectrices au seuil de l’adolescence, nous ne nous remettrons jamais tout à fait. Il habite une ombre que nous continuons à hanter indéfiniment. » N’est-ce pas vrai ?

Qui est l’écrivain ici : Dora

2 réflexions sur “ Une passionnée de Jane Eyre : Dora ”

  1. Bonjour,
    Madame, quelle surprise de me voir à l’honneur sur votre page Jane Eyre. J’ai été très surprise et très embarrassée. Vous m’accordez des qualités que je ne pense pas avoir, sans la moindre fausse modestie.
    La série Jane Eyre sur Arte est une merveilleuse réalisation qui m’a fait ressentir des émotions
    indéfinissables.
    J’ai trouvé votre page Jane Eyre sur Internet magnifique, que ce soit sur ce que vous avez écrit, sur les photos, sur les commentaires. Tout est en concordance avec ce que j’ai pensé et ce que j’ai ressenti.
    Dans un état d’enthousiasme spontané, je vous écris deux mots en me disant : « Voilà quelqu’un avec qui j’ai des affinités! ».
    Je ne revendique aucune velléité d’écriture. J’admire tant ces femmes de lettres qui savent si bien écrire sur les livres, les personnages, des mots que j’aurai bien voulu dire moi-même si j’avais pu.
    La seule chose que je revendique est que je suis un être très passionné et ma passion pour Jane Eyre grandie encore et encore, à force d’en apprendre sur elle.
    Certainement, l’adolescente rêveuse que j’étais, avais suivi l’épopée romantique de Jane, j’imagine. On a souvent parlé du caractère romanesque, gothique du roman, mais en dehors de cela, je découvre maintenant des facettes inattendues et profondes, une tension interne, une vitalité difficile à définir qui rend ce roman inclassable, merveilleux et mystérieux.
    Est-ce que c’est l’originalité de Jane, sa personnalité brillante, complexe, si singulière et étrange, cette impression de confidence qu’elle se fait à elle-même, cette voix intérieure qu’entend tout être solitaire, cette Jane qui ne se plie pas aux lois conventionnelles, qui fait la force du livre ?
    J’aime les livres, ce monde merveilleux et imaginaire qui m’extrait du réel, ce monde irréel qui me semble si réel quand j’y suis plongée.
    Certains livres me donnent plus d’émotions que d’autres et Jane Eyre possède une puissance, une intensité, une sensibilité extraordinaire.
    Je n’arrive pas à pénétrer ses secrets et j’y retourne toujours.
    Je ne peux pas m’empêcher de vous faire relire une de mes fragments préférés :

    « Adèle l’entendit et demanda si elle devait aller à l’école sans Mademoiselle.
    – Oui, répondit-il, absolument, sans Mademoiselle ; car je vais emmener Mademoiselle dans la lune, et j’y chercherai une grotte dans une des vallées blanches au pied des volcans, et Mademoiselle y vivra avec moi, et moi seul.
    – Elle n’aura rien à manger ; vous le ferez mourir de faim, déclara Adèle.
    – Je ramasserai de la manne pour elle matin et soir ; les plaines et les pentes de la lune sont blanches de la manne, Adèle.
    – Elle aura envie de se réchauffer ; comment trouvera-t-elle de feu ?
    – Il sort du feu des montagnes de la lune ; quand elle aura froid, je la transporterai au sommet d’un pic et je le poserai au bord d’un cratère.
    – Oh, qu’elle y sera mal – peu confortable ! Et ses vêtements, ils vont s’user ; comment pourra-t-elle en avoir de nouveaux ?
    M. Rochester fit mine d’être embarrassé.
    – Hum ! fit-il. Que ferais-tu à ma place, Adèle ? Torture-toi la cervelle pour trouver un expédient. Que dirais-tu d’un nuage blanc ou rose en guise de robe ?
    Et on pourrait toujours tailler une assez jolie écharpe dans un arc-en-ciel.
    – Mademoiselle est bien mieux où elle est, conclut Adèle après quelques instants de réflexion ; d’ailleurs, elle se lasserait de vivre avec vous seul dans la lune. Si j’étais Mademoiselle, jamais je ne consentirais à partir avec vous.
    – Elle y a déjà consenti ; elle m’a donné sa parole.
    – Mais vous ne pourrez pas l’y emmener ; il n’y a pas de route pour aller dans la lune ; il n’y a que l’air ; et vous ne savez voler ni l’un ni l’autre.
    – Adèle, regard ce champ.
    Nous avions maintenant franchi la grille de Thornfield, et nous roulions légèrement vers Millcote sur la route égale, où la poussière avait été rabattue par l’orage, et où les haies basses et les hauts arbres, de part et d’autre, luisaient, verdoyants et rafraîchis par la pluie
    – Dans ce champ, Adèle, je me promenais tard un soir, il y a environ quinze jours de cela ; c’était le soir du jour où tu m’avais aidé à faire les foins dans les prés du verger ; et comme j’étais fatigué d’avoir rassemblé les andains, je me suis assis pour me reposer sur un échalier ; là, j’ai tiré de ma poche un petit carnet et un crayon et j’ai commencé à inscrire l’histoire d’un malheur qui m’est arrivé il y a longtemps et le souhait de jours heureux pour l’avenir. J’écrivais très vite, bien que la lumière du jour disparût de ma feuille, quand un être survint sur le chemin et s’arrêta à quelques pas de moi. Je levai les yeux. C’était un petit être à la tête couverte d’un voile de filandres. Je lui fis signe d’approcher ; il fut bientôt contre mon genou. Je ne lui dis rien, il ne me dit rien, en paroles ; mais je lus ses yeux, et il lut les miens ; et notre conversation silencieuse fut à peu près la suivante : c’était une fée, arrivée tout droit du Pays des Elfes, et qui avait pour mission de me rendre heureux ; je devais quitter en sa compagnie le monde ordinaire pour gagner un endroit solitaire, tel que la lune, par exemple (et elle fit un signe de tête vers la pointe du croissant qui montait au-dessus de la côte de Hay) ; elle me parla de la grotte d’albâtre et du vallon d’argent où nous pourrions vivre. Je répondis que j’aimerais bien y aller ; mais je lui rappelai, comme tu l’as fait pour moi, que je n’avais pas d’ailes pour voler.
    ‘’ – Oh, répondit la fée, qu’à cela ne tienne ! Voici un talisman qui supprimera toutes les difficultés. ‘’ Et elle me tendit un joli anneau d’or.
    ‘’ – Mettez-le, m’a-t-elle dit, au quatrième doigt de ma main gauche, et je serai à vous, et vous serez à moi ; et nous quitterons la terre et nous ferons notre propre paradis là-haut.’’
    Elle a fait un nouveau signe de tête vers la lune. Cet anneau, Adèle, il est dans la poche de mon pantalon, sous forme d’une pièce d’un souverain ; mais j’ai l’intention de le retransformer bientôt en anneau.
    – Et qu’est-ce que Mademoiselle a à voir avec cela ? Peu importe la fée : vous m’avez dit que c’était Mademoiselle que vous alliez emmener dans la lune ?
    – Mademoiselle est une fée, dit-il, sur un ton confidentiel et mystérieux. »
    N’est-ce pas merveilleux ?
    Dora

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  2. « La seule chose que je revendique est que je suis un être très passionné »
    Voila Dora ce qui fait l’écriture selon moi. Continuez à venir ici écrire votre passion pour Jane Eyre : je vous lis chaque fois avec grand plaisir

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