Coup de coeur : Jane Eyre

20/09/2012 : j’ai repris ce coup de coeur sur une page spéciale

Eh oui je sais rien d’informatique la dedans mais une vraie passion j’ai été envoutée par cette histoire. Lisez le livre ! Ne vous en privez pas : je l’ai relu en version ebook, et vous n’aurez aucune excuse : il est gratuit et il existe en francais

Jane Eyre a été adapté de multiples fois – encore récemment avec une version cinématographique mettant en scène Michael Fassbender et Mia Wasikowska. Mais, après le chef d’oeuvre littéraire, j’ai une vrai attirance pour une interprétation télévisée de 2006 qui est si différente et néanmoins largement autant à mon gout que celle de 1983

Mon adaptation préférée est celle réalisée par Susanna White en 2006 pour la BBC

Je vous en parle car elle vient de repasser sur Arte et elle est reprogrammée pour le 12/09 et le 19/09
C’est une production magnifiquement repensée et redynamisée et une excellente performance :

  • de Toby Stephens, sombre à souhait, qui réussit à faire de Rochester un être simultanément macho et vulnérable, avec ce côté rugueux et rude dans sa façon de parler, maître énigmatique de Thornfield.
  • de Ruth Wilson, nouvelle venue avec un visage plein de caractère, qui campe une Jane femme d’esprit, jeune et simple, interrogatrice, solide et non névrotique. pour moi la Jane la plus proche de l’idée que je m’en étais faite

Cette version est différente du roman. La réduction du temps consacré au premier tiers (Lowood) et au dernier tiers (St John). Le milieu du roman est plutôt développé et quelques scènes du roman sont déplacées à différents moments et lieux du récit sous forme de flash-back. Beaucoup de pages de texte ont été condensées dans un passage de quelques minutes.
Mais, à ma formidable surprise, des scènes supplémentaires ont été créées qui soulignent les natures passionnées de Jane et Rochester (un point thématique implicite mais pas explicité dans le roman), ce qui met en exergue la personnalité volontaire, indépendante et honnête de Jane et la relation émouvante avec Rochester.
Des libertés prises avec le roman et avec l’époque mais pour ce qui est du rendu émotionnel, de la profondeur des personnages, c’est finalement un hommage réussi à ce grand roman qu’est Jane Eyre.
Pour résumer les 4 épisodes de 50 mn

Episode 1

Résumé

Après la mort de son oncle, l’orpheline Jane Eyre, 10 ans, est laissée à la garde de sa tante, l’insensible et cruelle Mme Reed. Après l’un des nombreux mauvais traitements, elle est accusée d’être du mauvais sang et, pour se débarrasser d’elle, est envoyée à l’école de Lowood. Lowood est une institution caritative pour jeunes filles pauvres. La seule amie que Jane se fait Helen, meurt d’une épidémie due aux conditions de l’institut qui par la suite change de dirigeant et rétablit des conditions meilleures. Jane se retrouve seule et se refugie dans le dessin. Convaincue de devenir indépendante, elle prend le métier de gouvernante.
À 18 ans, elle obtient un poste de gouvernante d’une jeune fille au château de Thornfield. Jane est accueillie généreusement par la gouvernante, Mme Faifax, et son élève, Adèle, une jeune fille française, laissée à la garde du maître de la maison, Edward Rochester. Elle est informée que le maître de la maison est rarement à la maison. A son retour à Thornfield, Jane rencontre Rochester sur la lande.
Fin de l’épisode : Une nuit, Jane se réveille à des bruits étranges qui la mènent à la chambre de Rochester ou le lit est en feu et le maître en danger.

Avis

Ma critique essentielle est l’évacuation de l’enfance de Jane. Dommage, car cette partie du roman n’est jamais vraiment bien exploitée et mériterait un traitement plus approfondi. C’est ce pensionnat et l’amitié avec Helen ainsi que sa relation à Miss Temple qui font comprendre la Jane Eyre adulte. Même si des scènes comme les blocs de glace cassés pour se laver le matin ou sa conversation avec Helen avec les différents conseils et valeurs qu’Helen apporte à Jane, sont excellentes
Jane fait face à Rochester avec l’appréhension de la jeunesse mais la fermeté de sa bonne conscience. J’ai beaucoup aimé la scène au bord de l’eau où Rochester explique pourquoi il a prise Adèle sous sa protection. Il parle sans fard, et quand il demande à Jane « Ai-je fait ce qu’il fallait ? » celle-ci met de côté toute pruderie ou bigoterie pour l’approuver. Leur relation prend là ses racines, dans un échange sincère, et aussi parce que Jane ose lui reprocher son attitude envers Adèle : « c’est une enfant, vous ne devez ni la ridiculiser ni la mépriser. »
L’arrivée de Rochester est très réussie. Le galop du cheval contraste avec le calme de la marche de Jane, tout comme la musique. Le premier regard qu’il lui lance est … ! Leur premier contact est très physique puisqu’il s’appuie sur son épaule, et ce coté sensuel prédominera tous les épisodes. Scène mythique traitée à la perfection
Lors de leur première conversation à Thornfield, il est très agressif mais elle ne se démonte pas. La conversation dans la bibliothèque est remarquable : il lui manque du divertissement pour sortir de ses idées noires mais Jane n’a rien à raconter, et pourtant on sent qu’il se passe quelque chose, et qu’il est à l’aise avec elle puisqu’il se confie. La scène ou il raconte ses amours avec la mère d’Adèle augmentent ses confidences poignantes de la douleur de cet homme torturé par son passé : un regard triste et perdu suffit. Ce sont ces aveux mais aussi son sourire carnassier et l’inclinaison irrésistible de son visage dans le clair obscur qui font son charme.
J’ai trouvé très drôles certains échanges come « me trouvez vous beau » « non » qui se poursuit en « vous ne trouveriez pas tout de suite plus séduisant, par hasard, sachant que j’ai un revenu de 20 000 livres ? » « non ».

Épisode 2

Résumé

Après que Jane ait réussi à sauver Rochester juste à temps, elle se demande qui a mis le feu et de qui ces sons étranges de la Tour Nord sont venus. Elle reçoit à peine une réponse de Rochester, qui quitte Thornfield sans préavis le lendemain matin. A son retour, il apporte avec lui quelques connaissances parmi lesquels figurent la belle Blanche Ingram et sa mère.
Rochester reçoit un autre invité inattendu et pas tout à fait bienvenu, Mason, qui une nuit est gravement blessé. Dans une tentative de Rochester pour ramener un médecin, Jane est laissée pour prendre soin de Mason dans la tour nord. Elle entend une fois de plus les sons étranges de la Tour Nord qui avaient précédé l’incident. Tout en gardant après Mason, Jane est surprise par des bruits de l’autre côté de la porte dans la tour nord.

Avis

Scènes frappantes :

  • Le feu qu’ils combattent ensemble puis vient le geste classique ou il l’enveloppe dans un vêtement car elle a froid : une symbolique forte de protection pour lui et d’acceptation de celle-ci par elle, sans bienséance sociale mais et avec des actes venus du cœur. Cependant Rochester est séducteur et manipulateur. Jane l’a intrigué puis intéressé car différente de ce qu’il a connu. il sait, lui, qu’il y a un énorme obstacle entre eux, alors il est tenté de rendre cette jeune fille sensible à sa personne ! C’est si humain ! Avec son expérience des femmes, sa connaissance des moyens de séduction, mais il y a de la spontanéité dans ses gestes car il a un peu profité de la situation mais sans faire quelque chose qui aurait pu embarrasser Jane et risquer de rompre le lien créé entre eux. Ce qui me pousse à dire que Toby Stephen joue très bien.
  • La scène ou Jane parle des enfants qui « qu’ils aient du bon ou du mauvais sang méritent d’aimer et d’être aimés » et toute son âme meurtrie par son enfance apparaît là, qui veut donner ce quelle n’a pas eu et sans amertume
  • La scène où elle lui demande l’autorisation de partir, et qu’il ne veut pas « Je ne vous donnerai pas 15 livres, vous seriez partie 3 mois , je vous donne 10 livres »  » vous m’en devez 5″ « vous reviendrez les chercher » et pardessus les regards, les sourires, le ton de la voix avec son inquiétude, sa sincérité, sa gaîté douce et retenue scène très belle car il ne joue plus avec elle.
  • Le dialogue à double sens « Que feriez-vous pour moi ? » « Tout ce que vous me demanderez » « Même une mauvaise chose ? (silence)… « Non je sais que vous ne le feriez pas »
  • La scène de la bohémienne ou il dit « comment sans cela saurais-je ce que vous pensez ?  » qui donne un autre éclairage à cette farce étrange. Plus réaliste que le livre !
  • La scène du salon, lorsque Jane défend ses idées face à Lady Ingram, aspect si moderne du personnage qui ose prendre la parole face à une «supérieure». L’actrice y met la modestie teintée de force intérieure qui est le propre de Jane

Épisode 3

Résumé

Jane reçoit un visiteur du passé. Bessie l’informe de la maladie de sa tante et de la demande de voir Jane avant de mourir. Lorsque sa tante semble capable de la reconnaître, Jane demande à Mme Reed pourquoi elle a toujours détesté sa nièce. Mme Reed répond que c’était parce que son mari avait aimé Jane plus que ses propres enfants, jusqu’à crier pour elle sur son lit de mort. Jane apprend aussi de sa tante Mme Reed qu’elle a un oncle. Cet oncle a demandé à prendre soin de Jane quand elle était encore un enfant. Sa tante, par vengeance, lui a écrit que Jane était morte. Contrairement à sa tante, Jane est capable de lui pardonner sur son lit de mort.
Loin de Thornfield, Jane se rend compte que Thornfield est devenue une maison pour elle, quelque chose qu’elle n’avait jamais eu auparavant. Cependant, les rumeurs d’un mariage prochain entre Blanche Ingram et M. Rochester semblent immensément la déranger. Va-t-elle devoir quitter sa bien-aimée Thornfield ?
Dans une tentative pour se renseigner sur les vraies émotions de Jane, Rochester la taquine jusqu’à ce qu’elle révèle qu’elle aime non seulement Thornfield, mais aussi Rochester. Étant donné que ces sentiments sont partagés par Rochester, il propose à Jane le mariage qui accepte.
Deux jours avant le mariage, le voile de mariée de Jane est déchiré alors que l’ombre d’une femme dans sa chambre la nuit précédente est, selon Rochester, une partie de son rêve. Le jour du mariage cependant, Jane apprend finalement que la femme de Rochester, Bertha, vit dans la tour nord, atteinte de folie comme une partie du reste de sa famille. Cette révélation de Mason, qui s’avère être le frère de Berthe. Rochester insiste sur le fait qu’il aime toujours Jane et propose de vivre avec elle « comme frère et sœur», mais Jane quitte Thornfield dans la nuit.

Avis

Scènes frappantes :

  • La scène de la demande en mariage est extraordinaire ou il est effrayé de ce qu’il va faire, et qu’il veut être sûr et certain des sentiments de Jane, de leur profondeur, car c’est seulement une fois persuadé qu’elle l’aime de toute son âme qu’il va se jeter à l’eau et lui demander de l’épouser. Jane ne comprend pas et sa colère est justifiée : pour elle il a joué au chat et à la souris avec son cœur, et ses larmes (bouleversante Ruth Wilson) sont autant de chagrin à la pensée de la séparation que d’humiliation et de fierté blessée. Il va enfreindre une loi fondamentale, y entraîner Jane, et doit être convaincu qu’elle préfèrerait n’importe quoi que de le quitter. Le regard de Toby Stephen le rend parfaitement ainsi que le ton de sa phrase quand il la tient dans ses bras « que Dieu me pardonne ». Il est extraordinaire pour nous faire partager sa hâte d’en finir au plus vite, car plus le temps passe plus grand est le risque de la découverte.
  • La scène de la chapelle et sa suite : Jane foudroyée, muette, et cet instant déchirant où elle ôte sa tenue de mariée

Épisode 4

Résumé

Jane, sans le sou et sans aucun espoir, erre sur la lande glacée et se couche pour mourir. Elle est sauvé par le pasteur St John Rivers qui la rapporte à la maison de ses deux sœurs. Mais Jane semble avoir perdu ses souvenirs.
Jane accepte le poste d’institutrice que lui offre St John. Puis Jane apprend par St John Rivers qu’il sait tout de son passé, y compris Thornfield, et il l’informe qu’elle a hérité de l’argent de son oncle et qu’ils sont également cousins.
Jane ne peut pas se réconcilier avec la proposition de mariage par John Rivers St et la perspective de vivre à l’étranger en tant que missionnaires. Puis elle entend la voix de Rochester appelant son nom : Jane sait immédiatement qu’elle appartient à Thornfield et Rochester. Elle découvre Thornfield brûlé et apprend les circonstances de l’incendie, de la mort de Berthe et de la cécité de Rochester, blessé en tentant de secourir sa femme. Jane rejoint Rochester à son cottage et Rochester reconnaît Jane en entendant sa voix. Il lui dit qu’il ne peut envisager de vivre avec elle en « frère et sœur » mais qu’il veut une femme dans son lit. Ils se marient. Toute la famille – Rochester, Jane, Adèle, les sœurs de St John et leurs époux, les deux enfants de Rochester et Jane, les serviteurs fideles et le chien Pilote, se rassemblent dans le jardin pour avoir leur portrait. Parce que Saint John est en mission, il est peint sur le côté du portrait.

Avis

  • Saint-John est vraiment léger par rapport au personnage qui m’avait fascinée dans le livre. Cependant le personnage complexe est bien cerné quoique plus agréable que dans le livre. Il est l’anti-Rochester : Edward va dans l’excès et brûle toutes les règles de la morale, prêt à entrainer Jane dans le péché de bigamie, alors que Saint-John lutte de toutes ses forces contre cet amour qui le ronge, ce cœur qui saigne. Excellent acteur dont le seul visage rend la surprise quand, à l’homme de foi qui se réjouit de l’héritage de Jane, celle ci répond simplement par le fait qu’elle ne pourra plus jamais voir don oncle qui est mort
  • J’aime le flash-back qui nous fait découvrir ce qui s’est passé entretemps, au fur et à mesure que Jane, récupérant ses forces, se rappelle de tout. Déchirant quand avec le souvenir revient la douleur avec cette scène magnifique ou Rochester veut la convaincre « nous serons frère et sœur » Rochester tient tellement à Jane qu’il est prêt à vivre chastement avec elle. Difficile d’imaginer Rochester autrement que sensuel, et en même temps, il se dégage de son attitude douloureuse un énorme respect. Ce tête à tête marque par le talent des acteurs.
  • Quelle intensité quand elle répond à l’appel et qu’elle retrouve Rochester
  • Quelle emotion qui monte en puissance, de la scène au bord de la rivière, quand il lui dit « je veux une femme dans mon lit toutes les nuits, et peut-être le jour aussi, nous ne sommes pas platoniques » : la sensualité est extraordinaire dans ce moment-là.
  • J’aime moins le coté illustration comtesse de Ségur de la fin qui oublie l’esprit du roman où Rochester est quand même passé par l’enfer avant d’avoir le droit d’être heureux. Un peu mièvre même si justification par le manque d’une famille ressenti par Jane

Et si vous voulez les voir

sur Arte : 1 épisode le mercredi 12 septembre 2012 à 14:45 ; 2e épisode le mercredi 12 septembre 2012 à 15:35 ; 3e épisode le mercredi 19 septembre 2012 à 14:45 ; 4e épisode le mercredi 19 septembre 2012 à 15:35
sur Daylimotion : épisode 1 ; épisode 2 ; épisode 3 ; épisode 4 ; mais uniquement pendant 7 jours après diffusion

Lu ailleurs

  1. Voici ce que j’ai lu sur un site

‘Il ya une quantité scandaleuse de baisers dans cette adaptation (et j’ai aimé), mais ce baiser est particulièrement beau, je pense pour sa grande authenticité. Ce qui m’a frappé le plus, c’est la façon dont le caractère est – vous savez qu’il n’y a aucun principe chez Rochester (il est féroce comme ça), et Jane est toujours complètement honnête et sans faille avec lui. Il semble réel – un mélange grisant de désespoir et de joie et de désir et d’émotion réprimée finalement libérée.’
Et voici la photo qui a illustre cet avis que je partage Oh combien puisque c’est ce coté presque animal qui rend tres reels les personnages de cette version 2006

  1. Et voici ce que j’ai lu sur un autre post consacré à une analyse que j’aime beaucoup du roman, à une critique de la version de 2011 (que je ne peux commentée ne l’ayant pas vue) mais je partage l’avis sur celle de 2006

11/09/2012 : je viens de passer ma soirée et ma nuit a revisionner cette version de 2006 mais en anglais : je connais tellement les textes français que même ce qui m’échappait en anglais ne m’a pas gênée.

Une autre adaptation en 1983

Cette adaptation de plus de cinq heures, de Julian Amyes, vaut par fidèle au roman, par l’interprétation magistrale de Timothy Dalton dont le charisme efface quelque peu Zelah Clarke
Pour en savoir plus sur cette version de 1983
Et voici ma petite liste sur youtube qui vous permet de voir tous les épisodes de cette version 1983 sous titrée en francais

D’autres adaptations en film

Jane Eyre 1934 avec Colin Clive et Virginia Bruce
Jane Eyre 1944 par Robert Stevenson avec Orson Welles, Joan Fontaine & Elizabeth Taylor.
Jane Eyre 1949 de Franklin J. Schaffner avec Charlton Heston et Mary Sinclair
Jane Eyre 1970 avec George C. Scott et Susannah York
Jane Eyre 1973 de Joan Kraft avec Sorcha Cusack et Michael Jayston
Jane Eyre 1996 par Franco Zeffirelli avec William Hurt et Charlotte Gainsbourg.
Jane Eyre 1997 par Robert Young avec Samantha Morton et Ciaran Hinds
Jane Eyre 2011 par Cary Fukunaga avec Michael Fassbender et Mia Wasikowska.
Et pour en savoir plus sur les autres adaptations

7 réflexions sur “ Coup de coeur : Jane Eyre ”

  1. Si j’aurai voulu écrire sur cette série 2006, Jane Eyre, que j’ai eu le bonheur de regarder sur Arte, c’est exactement comme vous que j’aurai écrit.
    Vous avez fait une analyse tellement vraie, tellement pertinente, adorable, c’est ce que je ressens.
    Cette adaptation m’a envoûtée, enchantée, bouleversée et je ne veux pas voir des autres adaptations.
    Les deux acteurs ont su données l’âme des personnages crée par Charlotte Brontë. Car c’est comme cela que j’avais imaginée.
    Depuis, je regarde encore et encore la série, je lis les livres en toutes les traductions (j’ai acheté 5 livres Jane Eyre) et je ne me lasse pas.
    Qui vous êtes, afaucher2001, quelle plaisir de vous lire, de savoir que des autres personnes pense comme moi.

    J'aime

  2. Bonjour,
    Effectivement, je suis une passionnée inconditionnelle de Jane Eyre et je vous remercie pour l’accueil que vous me faites.
    D’ailleurs, j’aimerais savoir s’il existe un club pour les passionnés de Jane Eyre ?
    J’ai regardé encore une fois les photos que vous avez mises en ligne. La finesse, la générosité et la beauté des commentaires rend chaque photo encore plus belle et parlante. Merci.
    Êtes-vous écrivain, Madame ?
    Je n’ai rien à ajouter sur cette série Jane Eyre 2006, tout a été dit.
    Je ne pourrais mieux dire, vous avez tout dit mille fois mieux que moi.
    Des moments qui m’ont touché profondément.
    Celle où Jane explose et dit toute sa passion à Rochester suivi par la demande en mariage.
    Celle où Jane lui dit qu’elle va le quitter, malgré la passion qu’elle a pour lui, toute la force de séduction qu’emploie Rochester pour la retenir. Ce passage plein de sensualité romantique et si délicat n’est pas dans le livre, mais le talent de Susanne White a rendu ce moment encore plus émouvant que dans le livre. On voit la sensibilité d’une femme pour réaliser cette scène.
    Je suis sûre que Charlotte Brontë aurait pu écrire cette scène de séparation de cette façon, si les contraintes rigoristes de l’époque ne lui interdisent pas.
    Que dire de ces deux acteurs Ruth Wilson et Toby Stephens, magnifiques, qui rend le moment aussi inoubliable.
    D’ailleurs, pour ce rôle Ruth Wilson a eu beaucoup de prix. Pas Toby Stephens. Pourtant il est tellement convaincant et émouvant. Il montre oh, combien de facettes de ce personnage, l’homme des contraires réunifiés. On sent bien le caractère de Rochester, contradictoire, passionné, sa sensualité et sa virilité qui se dégage dans toutes les scènes.
    J’aime aussi dans la série les moments où Jane erre dans la lande toute seule et désespérée dans ce paysage hostile et à la fois majestueux.
    Que puisse-je dire pour le final ? Jane retourne à Rochester, elle n’a cessé de l’aimer épurement, elle n’a pas oublié sa folle passion pour lui et le fait de le retrouver aveugle n’a rien changé pour elle. Est-ce que c’est parce qu’une personne a eu un accident qu’on cesse de l’aimer ? Non, pas Jane. Comme se dit dans le livre « Je vous aime plus aujourd’hui, alors que je puis vous être réellement utile, que je ne vous aimais en votre état d’orgueilleuse indépendance, alors que vous méprisiez tout autre rôle que ceux de donateur et de protecteur ».
    Rochester, cet ‘aigle en cage’ n’a rien perdu de son charme, de son magnétisme. On voit la valeur symbolique de la cécité, infirmité qui lui permet de voir plus clair en lui-même, miracle de l’amour, en retrouvant la vue peu à peu, il se transfigure. Comme tous les esprits hors du commun, il s’isole loin au fond d’un bois, Ferndean, un certain temps, mais personne ne l’empêche de sortir de là, et avec Jane, de vivre dans un endroit plus sain, lumineux, plein d’optimisme, comme Susanne White l’a fait entendre par la scène finale.
    La fin peut paraître ambigu pour plus d’une. J’en apprendrai peut-être plus sur les motivations de Charlotte Brontë, en lisant sa biographie d’Elizabeth Gaskell qui l’a connu de son vivant.
    Encore une fois je me suis plongée dans le livre, ce roman intemporel et universel. J’ai retrouvé Jane, cette « âme parlant à l’âme ». Et comme disait Annie Ernaux « Relisant l’an passé Jane Eyre que je n’avais pas lu depuis l’âge de douze ans et dans une édition abrégée, j’ai eu l’impression troublante de me relire, de moins relire une histoire que de retrouver quelque chose qui a été déposé en moi par cette voix du livre, par le ‘je’ de la narratrice. J’ai pensé le monde au travers du texte entier de Jane Eyre. »
    J’aime Jane, je reviens toujours à Jane, cet être solitaire qui affronte son destin. Jane s’affirme comme une identité féminine, comme une conscience individuelle qui prend seule ses décisions, non imposées par la providence. Jane est une rebelle, une révoltée face à l’ordre social et la domination masculine.
    J’admire Jane pour sa nature indépendante et sa force de caractère. Elle s’affirme en femme indépendante et libre face à Rochester « Je ne suis pas un oiseau et nul filet ne me retient prisonnière ; je suis un être humain libre, doué d’une volonté indépendante, dont j’use à présent pour vous quitter ».
    Jane est une femme passionnée et son déchirement est total entre le désir, la passion qu’elle éprouve pour Rochester et son exigence morale, sa dignité.
    Son refus de vivre en tant que maîtresse de Rochester, malgré la passion qu’il lui inspire, et de vivre en inférieure, dans une situation inégale. C’est aussi le respect qu’elle a pour soi-même. « Moi, je me soucie de moi-même. Plus je suis solitaire, plus je suis dépourvu d’amis et de défenseurs, plus je me dois de respect. »
    Jane ne dégage pas seulement ce sentiment d’égalité spirituelle qui la lie à Rochester. Je trouve que dans le livre on ressent le caractère sensuel de leur relation. Ce sont des êtres si tactiles et cela est bien mis en évidence par Susanne White dans la série.
    Jane désire la liberté et le bonheur, qu’elle l’atteint à la fin en épousant Rochester.
    Alors, Rochester ce flamboyant Rochester, fatal, maudit, irrésistible et pleine de générosité.
    Il dégage une chaleur de feu, une sensualité, une «énergie virile», il fascine Jane et nous, les lecteurs, nous sommes fascinés. Il est un être hors norme qui a sa propre morale, il a couru tout sa vie après cet absolu féminin qu’il a trouvé en Jane.
    Charlotte Brontë a créé l’un des séducteurs les plus puissants de la littérature.
    La synthèse de ce personnage est bien faite par Dominique Barbéris ci-dessous:
    «Rochester tient du mythe. On trouve chez lui, en concentré, tous les traits du héros romantique : l’orgueil aristocratique du châtelain, la marginalité, la quête donjuanesque d’un idéal, la nostalgie de la pureté perdu, la force du titan. Mais il n’est pas seulement la projection d’un fantasme. Il est plausible ; il a une étonnante présence charnelle. Il serait même, selon Swinburne, l’’une des seules figures viriles(…) jamais sculptée et colorée par une main de femme’’. Il s’incarne dans une rondeur de la maturité, une voix de basse, un corps épais, dans l’odeur du cigare qui est l’un de ses attributs.
    L’imperfection qui l’humanise tempère la rigidité de l’idéal. Dans la faute, il a une extrême variété de registre : dominateur, sarcastique, souvent drôle, orgueilleux et violent, avec des appétits de pacha.
    C’est un homme du verbe, comme il est homme du chant. Dans ce domaine aussi, il a une grande mobilité, et une grande variété de registres : provocant (‘’me trouvez-vous beau ?’’), cynique (’’viendrez-vous veiller avec moi le jour de mes noces ?’’), fantaisiste (‘’Je vais emmener Mademoiselle sur la lune’’).
    Charlotte Brontë lui prête un somptueux lyrisme, quand il paraphrase Keats ou Milton, quand, à la fin du roman, il fait de sa cécité la métaphore du manque amoureux. Parfois aussi, il parle comme le Christ, par paraboles.
    Le personnage frappe par sa vitalité : autour de lui s’enroule avec une obsessionnelle et admirable cohérence le motif du feu : le volcanisme du tempérament, le séjour à la Jamaïque, l’incandescence passionnelle, les flammes du châtiment. Rochester est un merveilleux scénariste : scénariste de la passion, il manipule Jane, s’éloigne, revient, attise sa jalousie, dissimule ses propres sentiments, dose avec un art consommé la cruauté et la tendresse.
    Et, scénariste de lui-même, il ne cesse de se métamorphoser, apparaît sous des déguisements de sultan, de gitane, revendique le statut de père, de frère, avant de prétendre à celui d’époux ; il est saisi à travers de multiples images : animal, il est aigle ou fauve ; homme, il tend vers le demi-dieu – Vulcain, Samson.
    En réalité, il superpose toutes les images, il épuise toutes les figures ; il les concentre, comme un soleil noir. En un mot, il est l’oxymore vivant, l’homme des contraires réunifiés, cette fiction du désir des femmes, justement épinglée par Flaubert dans ‘Madame Bovary’, quand il ricane de ces ‘messieurs braves comme des lions (…) et qui pleurent comme des urnes’.
    Pourquoi bouder notre plaisir ? Le personnage est capable de satisfaire l’étendu de notre rêve bovarysant : infigurable mais plausible : à la fois puissant et déchu, loup et berger, aristocrate et hors-la-loi, sadique et tendre, père et amant. Pour preuve, il est difficile à représenter à l’écran.
    (…) A la fin du roman, on le retrouve dépossédé, mutilé. Mais sa dernière apparition, comme une ombre ruinée et têtue, au crépuscule, dans les bois de Ferndean est aussi saisissante que la première. Et il garde jusqu’au bout son magnétisme et sa densité proprement humaine.
    La plus grande réussite de Charlotte Brontë est probablement d’avoir tiré d’elle-même, de cette soif qui ‘apprend l’eau’, selon le mot d’Emily Dickinson, cette inoubliable figure de cavalier sombre, de maître hautain – ce parfait Adam.
    Autant l’avouer : c’est pour lui que nous retournons à Jane Eyre. D’avoir rencontré Rochester, comme beaucoup de lectrices au seuil de l’adolescence, nous ne nous remettrons jamais tout à fait.
    Il habite une ombre que nous continuons à hanter indéfiniment. »
    N’est-ce pas vrai ?
    Que dire des pages du livre…très poétiques, lorsque Rochester définit Jane comme une fée, comme un elfe, ou encore les pages où il dit à Adèle qu’il va amener Jane dans la lune. Et la lune toujours présente. Quelle beauté !
    Quelle femme géniale a été cette Charlotte Brontë qui, après 165 ans, moi lectrice du 21eme siècle, je suis pour toujours fascinée.
    Dora

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  3. J’arrive un peu après la bataille mais je vous remercie d’avoir citer mon article sur « Jane Eyre ou l’anti-roman à l’eau de rose », je suis très touchée que vous ayez apprécié mon analyse du roman et de ses deux adaptations. J’ai été un peu dure avec celle de 2011 mais j’ai tellement apprécié le jeu de Toby Stephens et de Ruth Wilson qu’elle m’a paru un peu fade. Mais, n’hésitez pas à la voir si vous en avez l’occasion, c’est toujours mieux de faire son propre avis.🙂

    J’aime beaucoup votre article qui est très complet et très pertinent. Personnellement, j’ai eu du mal à « accrocher » avec le baiser de la scène de la proposition qui au contraire m’avait paru un peu « faux », un peu raté mais plus je revois cette scène (et Dieu sait que c’est le cas !😄 *honte*), plus je m’y accommode. Je préfère par exemple la scène suivante quand ils rentrent à Thornfield sous la pluie et qu’ils se disent bonne nuit. Je trouve autant de tendresse, de sensualité et de désir et quelque part, ça rend mieux. Mais c’est peut-être la pluie et le cadre qui fait ça.😄

    N’empêche, cette adaptation est un vrai bijou !

    J'aime

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