Coup de gueule : les hommes politiques ne sont jamais malades !

Ça commence par il était une fois … L’histoire de Lola dans l’express
Lola la parisienne s’injecte de l’insuline pour vivre. Afin de savoir combien d’unités elle doit s’administrer, elle surveille son taux de glycémie. Si elle a trop de sucre dans le sang, hop, une petite injection. Si elle n’en a pas assez, hop, un petit morceau de sucre (ou un kinder, mais ne le répétez pas). Lola joue au funambule. Plus sa glycémie est bonne (comprise entre 0,80 g/ml et 1,40 g/ml), plus elle sourit et peut continuer à avancer sur son fil d’équilibriste.
Elle sait que son médecin sera fier d’elle. Ce sont des minutes gagnées sur son espérance de vie. La crainte des complications de la maladie, qu’on lui a tellement serinées pendant son adolescence, s’éloigne un peu plus. Non, elle n’aura peut-être pas à se couper des orteils dans vingt ans, ni à se mettre sous dialyse parce que ses reins ne répondent plus, encore moins à revêtir des lunettes noires parce que sa vision s’amoindrit. Du moins, si elle continue à prendre le temps de vérifier consciencieusement sa glycémie.
Elle a déjà expérimenté le fait de ne plus regarder son taux de sucre. D’abord, ça a mis le bordel dans sa vie. Elle ne savait plus ni quand, ni combien d’unités s’injecter. Les hypoglycémies, les hypers se sont succédé, jusqu’au jour où elle a été conduite aux urgences. Ensuite, son diabétologue, fin psychologue, lui est tombé dessus à bras raccourcis : « Comment ? Vous ne faites qu’un contrôle par jour ? Mais vous êtes folle ! Vous connaissez les complications du diabète ? ». Oui, oui, elle les connaît, merci.

Eh oui, Lola est comme un de mes proches, et comme des milliers de diabétiques en France.

Et voila que le gentil gouvernement français, constitué que de personnes en parfaite santé tout le monde le sait, nous fabrique un joli projet de loi de financement de la sécurité sociale qui prévoit que le remboursement des bandelettes qui servent à la glycémie soit limité à une seule bandelette par jour. Cette mesure apparemment technique est lourde de conséquences.

Le gouvernement n’a aucune connaissance médicale !

Les recommandations de la Haute Autorité de Santé en la matière affirment que les tests d’autosurveillance glycémique doivent être au minimum de 4 par jour pour les diabétiques de type 1 et de type 2 insulino-traités, au minimum de 4 par jour pour les femmes enceintes atteintes de diabète gestationnel et, pour les diabétiques de type 2 non insulino-traités, suivant leur traitement, de 2 par jour à 2 par semaine.
Les plus hautes autorités médicales soulignent unanimement que les contrôles glycémiques sont un élément primordial d’un bon suivi du traitement du diabète et l’un des moyens incontournables d’éviter les redoutables complications de cette maladie. Or les complication, c’est chaque année 30 000 décès, 8 500 amputations, 1 000 cécités !!!

Conséquences lourdes d’une mesure aberrante

La mesure envisagée ne peut qu’entraîner une baisse de la bonne observance chez de nombreux diabétiques et donc inévitablement une augmentation des complications dans les années à venir. Or, ce sont les complications qui coûtent cher, très cher, beaucoup plus cher que les 35 millions d’euros espérés d’une mesure scélérate, à courte vue, étroitement comptable.
Déjà 15 % des français se traitent mal ou cesse de se traiter en raison de l’augmentation de leurs charges de santé (voir le petit article « Avec la crise, les Français renoncent à se soigner ») et 7 % d’entre eux ne disposent pas de complémentaires santé. Les complémentaires vont évidemment augmenter leurs cotisations et que la pression économique va être de plus en plus lourde sur les personnes atteintes de pathologies.

Idiotie d’une approche strictement économique

Cette mesure est extrêmement grave et significative des dérives d’une approche strictement économique de la santé. Cette mesure prouve les aberrations que cette logique entraîne. Pour essayer de grignoter quelques millions d’euros à très court terme, on crée les conditions d’une augmentation significative des complications du diabète dans les années à venir. Faut-il rappeler que celles-ci représentent plus de 7 milliards par an sur les 14 milliards que coûtent annuellement le diabète

et des remarques du bon peuple

« Les malades ne se piquent pas par plaisir et c’est déjà difficile de les convaincre d’un suivi régulier »
« Tiens déjà en 40 Hitler proposait de tuer les vieux, les malades, …. »
« Après les Roms, pourquoi ne pas se débarrasser des diabétiques ! »

Alors Messieurs-Dames du gouvernement, quand cesserez vous de nous pondre des imbécilités !!! Et comme Lola, je dis « Faire économiser des milliards d’euros à la Sécurité sociale, c’est bien, mais pourquoi dois-je y laisser ma peau? »

8 réflexions sur “ Coup de gueule : les hommes politiques ne sont jamais malades ! ”

  1. Réponse de LEXPRESS.fr à une question de cout
    Le prix moyen d’une boite de 100 bandelettes varie entre 35 et 50 euros. Sachant qu’une personne diabétique utilise en moyenne plus de 4 bandelettes par jour (le matin, avant déjeuner, après déjeuner, avant diner, après diner, avant de se coucher) pour un bon suivi, cela équivaut à 180 bandelettes par mois, soit 70 à 100 euros mensuels. Cordialement, Annabel B. de L’Express et LEXPRESS.fr
    Réponse de LEXPRESS.fr sur les sources de la loi
    Il s’agit d’une information des Echos que vous trouverez sur le lien suivant: http://www.lesechos.fr/journal20100916/lec1_france/020790691387.htm Pour ce qui y est du projet de loi, vous le trouverez par ici : http://www.securite-sociale.fr/chiffres/lfss/lfss2010/lfss2010.htm Bien à vous, La rédaction de L’Express.fr

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  2. et écoutez l’histoire si simple de Thierry – 18/09/2010

    Mon petit a déclaré cette maladie une semaine avant ses quatre ans. Tous les jours, les nuits, nous nous battons pour relever sa glycémie et corriger son taux. Pour ne pas qu’il meure à petit feu, nous contrôlons au moins six fois sur 24 heures son sang. Il y a tant d’abus partout ailleurs. Pourquoi s’acharner sur les plus vulnérables. Faire ces économies sur le dos des fragiles n’est pas bien. Poussez, obligez plutôt les vendeurs de médicaments à trouver des solutions durables et moins couteuses. Aidez nous plutôt que de nous enfoncer pour combler vos lacunes.

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  3. Bonjour,

    Honnêtement je ne crois pas à cette « information ». Le projet de loi ne parle pas de tout ça, et le code de la sécurité sociale fait plutôt référence aux décisions de la Haute Autorité de Santé. Et vu que cette dernière préconise 4 contrôles par jour…

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  4. Autant pour moi, j’avais consulté la LFSS 2010, et apparemment rien n’est encore officiellement disponible pour 2011. Comme d’habitude les documents seront publiés quand tout sera décidé…😦

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